Claire Ly
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«J'ai découvert Dieu dans l'enfer des camps»
Interview parue dans Panorama, juin 2004
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Claire Ly est Cambodgienne. Pendant 4 ans, de 1975 à 1979, elle a connu les camps de la dictature khmère rouge. Dans sa lutte pour la survie, elle a connu une expérience spirituelle qui va la conduire du bouddhisme au christianisme. Depuis 1980, elle vit en France, à Alès.

En début d'année, vous êtes retournée au Cambodge pendant plusieurs semaines. Comment se sont passées ces retrouvailles ?

Depuis mon arrivée en France comme réfugiée en 1980, je n'étais retournée au Cambodge qu'une seule fois et brièvement. Plus long, le voyage de cette année a soulevé en moi beaucoup de questions. Des interrogations très riches sur mon identité.

Lorsque je suis arrivée à Phnom-Penh, j'ai eu du mal à reconnaître la ville. J'ai quitté le pays il y a 20 ans : le pays a changé et moi-aussi. C'est bizarre de se retrouver dans son pays d'origine comme une étrangère. Même le corps réagit différemment : il n'est plus habitué au soleil, à la chaleur… Et puis, j'avais du mal à dormir : pendant 5 ans, dans les camps khmers rouges, je me suis couchée tous les soirs avec la peur qu'on vienne me chercher moi et mes enfants. Là, même plus de 20 ans après, je n'ai pu dormir qu'à condition de garder une lumière allumée…
Cette sensation d'étrangeté se combine pourtant avec le sentiment de revenir chez soi, dans le pays qui vous imprègne depuis toujours. On retrouve des endroits que l'on a connu : c'est la même chose et ce n'est pas la même chose…

D'où est venue l'idée de ce voyage ?

J'ai été invitée par l'évêque de Phnom-Penh pour rencontrer les communautés chrétiennes et animer une session de formation. Il s'agissait notamment de proposer un travail de mémoire. Après des années de persécution, le pays et l'Eglise en ont besoin : d'où vient-on ? Que représente le bouddhisme pour le Cambodge ? Comment dire Jésus Christ sans agresser les autres, comment se poser en disciples du Christ sans agressivité envers le bouddhisme ? Comment reconnaître aussi que l'Esprit a déjà parlé à cette tradition ? Comment retrouver les pas du Seigneur dans le bouddhisme et annoncer le christianisme moins comme une coupure que comme un accomplissement.

Pourtant votre histoire personnelle est très différente ! Votre conversion au christianisme s'est fait plutôt par une rupture avec le bouddhisme, par une révolte envers cette tradition qui ne s'est révélé d'aucune aide lorsque vous étiez prisonnière des camps de la dictature khmère rouge…

C'est vrai. Pour moi, cela a commencé par un " Non ! ". Je crois que le début de toute conversion est un " non " à quelque chose. C'est ce " non " qui permet ensuite de partir en quête d'une nouvelle identité, d'une nouvelle harmonie avec soi-même, jamais achevée. Mon parcours a en effet commencé par la révolte et la colère. Aujourd'hui cependant, plus j'avance dans la foi, plus je constate finalement qu'il y a dans ma vie une certaine continuité. Ces six semaines au Cambodge m'ont permis de mieux mesurer encore le chemin parcouru.

Pouvez-vous refaire avec nous ce parcours ?

Je suis née en 1946, ma famille vivait à Battambang, c'était un milieu aisé et cultivé : " un bon kharma " comme on dit au Cambodge ! Mon père était un bouddhiste confirmé et très ouvert, toujours soucieux de revenir à l'enseignement du maître, le Bouddha Sâkyamuni, en laissant tomber les pratiques superstitieuses. Ce bouddhisme therevada accorde beaucoup d'importance à l'homme et à sa responsabilité : Bouddha est là pour montrer son chemin mais c'est à nous de marcher.

Quel fut votre premier contact avec la religion chrétienne ?

A l'âge de 13 ans, mon père m'a envoyée dans un pensionnant de jeunes filles tenues par des religieuses pour apprendre le français. Ce premier contact a été très rude et m'a longtemps marquée. Quand je suis arrivée, les sœurs ont voulu changé mon prénom car elles estimaient que mon prénom khmer Chhay-Hun (" lumière de nuage à l'aurore ") était trop compliquée à prononcer ! D'autorité, elles m'ont prénommé Véronique… Et puis elles m'ont expliqué que j'étais une païenne. " Non, ai-je dit, je suis bouddhiste. " Elles ont dit : " païenne ou bouddhiste, c'est pareil "… Contre mon gré, on a voulu changer mon identité… Cela me poursuivra longtemps.

Plus tard, la présence des missionnaires vous a interrogé…

En 1968, j'ai commencé à enseigner comme professeur de philosophie et comme beaucoup de mes amis intellectuels, j'étais heurtée par la présence des missionnaires. Nous ne comprenions pas cette présence : pourquoi apporter le christianisme au Cambodge alors que nous avions déjà une religion ? Ce questionnement m'a incité à me retourner vers le bouddhisme, à me replonger dans ma tradition, dans une démarche personnelle cette fois et plus seulement comme héritage familial. J'ai cherché dans l'enseignement du Bouddha des raisons philosophiques et doctrinales de résister à cet "impérialisme spirituel de l'Occident " !

Pour être juste, il y avait quand même quelque chose qui nous attirait chez les missionnaires, c'était leur engagement social. Nous estimions que notre propre tradition était trop inerte sur ce point et nous avons cherché dans l'enseignement du Bouddha des motifs pour la pousser à une compassion plus active. Lorsque les Américains ont bombardé Phnom-Penh, les réfugiés ont afflué. Les écoles se sont ouvertes pour les accueillir, les églises aussi mais pas les pagodes… Nous sommes allés voir le chef des bonzes et avons finalement obtenu l'ouverture de deux pagodes…

A cette époque, la vie vous souriait, vous étiez partie pour une belle carrière. Et puis en 1975, tout s'écroule…

En avril, les Khmers Rouges deviennent les maîtres du Cambodge. Du jour au lendemain, avec mon fils de 3 ans et enceinte de ma fille, me voilà comme tous les " intellectuels " et les " capitalistes " chassée de chez moi et envoyée dans les rizières. Nos biens sont confisqués et, surtout, je suis coupée de toute une partie de ma famille. Inquiétude, angoisse. J'apprendrai par la suite que mon mari et une partie de ma famille ont été éliminés.

Mon identité explose : qui suis-je ?… Au début, j'ai essayé de réagir en bouddhiste : ce qui m'arrive est la réalisation de la première noble vérité _ " ici bas tout est impermanent " et " tout n'est qu'illusion ". C'est le dharma, la loi des choses… Et là en effet, diplômes, vie professionnelle, statut social, famille : illusions ! Envolés ! Dans ces cas là, un bon bouddhiste est sensé rester serein.

Mais vous n'avez pas réagi en " bonne bouddhiste " ?…

Non, j'ai été faible selon les critères bouddhistes. Car au lieu de la sérénité, une grande colère et un énorme sentiment de haine m'ont envahi. Face à la violence du régime de Pol Pot qui voulait me détruire, j'ai répondu par un cri : " je vais vivre ! " Et pour résister, j'ai choisis la haine ! Une haine silencieuse car la moindre parole pouvait me faire repérer, ne serait-ce que par mon accent et mon vocabulaire de femme de la ville… Je suis donc restée comme murée dans ma haine et il me fallait trouver un échappatoire. Pour déverser ma colère, je me suis alors choisi, inventé, un bouc-émissaire que j'ai appelé " le Dieu des Occidentaux " !

Un Dieu dont vous n'étiez pas sûre qu'Il existe !

Peu importe à ce moment-là. J'avais juste besoin de quelqu'un sur qui diriger ma colère. Et après tout, je considérais que l'Occident était responsable de ce qui m'arrivait : la guerre du Vietnam, le communisme étaient des produits importés !

Ainsi, lorsqu'on m'insultait, j'insultais à mon tour ce " Dieu des Occidentaux ". Cela m'a permis de ne pas devenir folle, d'extérioriser ma haine, de lui permettre de s'écouler hors de moi. On parle souvent du Dieu d'Amour : chez moi, au contraire, le premier pas vers Dieu a emprunté le chemin de la haine…
Cet enfermement dans le silence et la colère a duré deux longues années. Et puis, progressivement, mon apprentissage de la vie paysanne s'est achevée : je savais reconnaître les plantes sauvages comestibles, chasser les rats des champs, repérer les trous où se cachaient les crabes… J'ai retrouvé une certaine fierté envers moi-même.

Mais vous avez continué à prendre ce Dieu à témoin ?

Je m'amusais avec ce " Dieu des Occidentaux ", il était devenu mon interlocuteur préféré, je n'avais que lui. Un soir, en revenant des champs, je lui ai dis : " tu vois je suis une femme forte, tu devrais m'applaudir ! ". Et pour entendre les applaudissements, j'ai fait silence intérieurement : faire silence, rien de plus facile pour une bouddhiste ! Il n'y a pas eu d'applaudissements mais comme un silence habité. J'ai alors fait une expérience dont il est assez difficile de parler. J'ai reçu comme un cadeau, une paix, comme si je me réconciliais avec moi-même. J'acceptais soudain ma faiblesse. Et j'ai senti que cette réconciliation ne pouvait venir de moi, de mes propres forces : je n'en étais pas là. Alors d'où cette paix venait-elle ? Peut-être de ce Dieu ? Je n'en étais pas sûre encore. Mais à partir de ce jour, j'ai osé de nouveau regarder le paysage autour de moi, j'ai osé lever les yeux alors que depuis deux ans, je marchais constamment les yeux baissés…

Est-ce à partir de ce moment-là que le " Dieu des Occidentaux est devenu votre Dieu ?

Vous savez le chemin d'une bouddhiste est très long…J'avais encore beaucoup de questions. Je ne comprenais pas ce qui m'était arrivé mais de quel droit aurais-je refusé ce cadeau qui avait guéri mon cœur ?

Ainsi, même si l'enfer et la souffrance étaient toujours là., je suis devenue plus sereine. Et j'ai regardé les autres autrement comme des ennemis : les autres ont recommencé à exister pour moi. Je l'ai constaté plus tard en 1979, lorsque l'armée vietnamienne est venue nous délivrer. Un capitaine m'a demandé : " Y a-t-il encore des traîtres ici ? " Il y avait près de nous en effet une femme qui avait été très cruelle envers moi; j'avais juré d'avoir sa peau. Mais j'ai vu la peur dans ses yeux, je l'ai regardée comme une personne et… je ne l'ai pas dénoncée.

Au début de 1980, vous arrivez en France comme réfugiée et vous croisez à nouveau la route des chrétiens…

En arrivant en France, il m'a fallu d'abord penser à survivre, trouver un logement, des moyens de vivre et surtout aider mes enfants qui ne parlaient pas français à s'insérer. Mais je n'avais pas oublié cette expérience spirituelle si forte vécue dans les camps. Alors j'ai cherché à savoir si celui que j'avais nommé le " Dieu des Occidentaux " était aussi le Dieu des chrétiens. Il se trouve que j'ai été accueillie par des communautés de protestants et de catholiques.

Au début j'ai été déçue. Je cherchais la gratuité car le don que j'avais reçu m'avait été donné gratuitement, sans aucun mérite de ma part. A une dame qui m'aidait, j'ai posé la question : " pourquoi vous donnez vous tant de peine pour moi ? " Elle m'a répondu " dans ma religion chrétienne, ce que l'on fait au plus petit, c'est à Dieu lui-même qu'on le fait "… J'ai ressenti une immense déception : je croyais qu'elle faisait quelque chose pour moi et voilà qu'elle le faisait pour son Dieu… " Toutes les religions se valent ", en ai-je conclu, dépitée et blessée : les Bouddhistes font de bonnes actions pour améliorer leur kharma, les chrétiens pour gagner leur ciel.

Et puis, encore une fois, Dieu vous a rattrapée…

Le prêtre de la paroisse m'amenait régulièrement des magazines, invendus de son stand de presse. Mais, par respect pour moi, il prenait soin de ne pas me donner les pages trop religieuses. Un jour, il n'a pas eu le temps de faire le tri et et je suis tombée par hasard sur… l'encyclique de Jean-Paul II sur la miséricorde !

Pour moi qui voulais mieux connaître le christianisme, cela tombait bien : c'était leur chef qui parlait… J'ai donc lu ce texte _ ce n'était pas facile _ mais j'ai été interpellée par les citations de l'Evangile. Et il m'a semblé que le Dieu de Jésus-Christ dont parlait le Pape avait quelque ressemblance avec mon " Dieu des Occidentaux ". J'ai alors décidé de lire l'Evangile, au début par curiosité intellectuelle puis ce fut comme une rencontre. Les paroles de Jésus résonnaient dans ma vie : le Christ m'apparut comme un homme extraordinaire, un maître de sagesse, même si j'avais encore du mal à comprendre pourquoi les chrétiens disaient qu'il était Fils de Dieu.

Comment avez-vous finalement sauté le pas ?

Un jour j'ai assisté à une eucharistie. A l'élévation de l'hostie, j'ai alors reconnu tout à coup: " ce Jésus de Nazareth est mon Seigneur et mon Dieu ". Ce fut comme une certitude. Mais une certitude qui me faisait peur. Alors je n'en ai parlé à personne. J'étais face à l'immensité de Dieu, sans trouver de mots pour le dire. Cette immensité me faisait prendre conscience de ma liberté : j'avais le droit de répondre ou pas à Son appel. Dire " oui " me faisait peur, c'était comme sauter dans l'inconnu. Alors je réservais ma réponse, j'avais peur, j'ai attendu. Et, de son côté, Dieu m'attendait aussi. Un jour, j'ai senti qu'il fallait que je dise " oui " ou " non ". J'ai choisi le " oui " et j'ai demandé le baptême…

C'était l'aboutissement d'un cheminement…

Non ce n'était pas fini du tout ! J'ai fait à nouveau l'expérience de ma grande liberté. Pendant un an, j'ai connu une nuit complète de la foi. Je ne me retrouvais pas dans l'Eglise catholique. Je l'ai dis à mon évêque d'alors, Mgr Jean Cadilhac : " j'ai demandé le baptême pour chercher le visage de Jésus mais j'ai l'impression que je me suis trompée de porte ". Mgr Cadilhac m'a engagé à persévérer et à me retrouver avec d'autres croyants qui, comme moi, se posaient des questions. Finalement, avec eux, j'ai trouvé ma place dans l'Eglise.

Qu'est-ce qui vous permet aujourd'hui de durer dans la foi ?

Pour durer, il faut continuer à marcher. On n'a jamais fini de découvrir Jésus Christ, au travers des événements de la vie, de nos rencontres, de nos lectures… N'oublions jamais non plus la force même du texte de l'Evangile. Mais, en même temps, la rencontre avec Dieu ne dépend pas que de nous. Comme dans toute rencontre, il faut que chaque partie ait son mot à dire. Dans toute rencontre, il y a une part que nous ne maîtrisons pas, il y a un mystère. Il ne m'appartient pas de déterminer ni le temps, ni l'heure de la rencontre.

Que vous reste-t-il aujourd'hui du bouddhisme ?

La bouddhiste en moi n'est pas morte et elle pose de beaucoup de questions à la chrétienne que je suis devenue ! Ce qui me reste notamment du bouddhisme, c'est la peur des illusions. Par exemple, je pense qu'une expérience spirituelle si forte soit-elle a besoin d'être authentifiée par l'intelligence.
Ma formation de bouddhiste me garde aussi de la tentation de mettre la main sur Dieu : l'Ultime est toujours au-delà de ma connaissance et je ne dois pas faire de lui un objet. Ainsi je n'ai jamais envie de dire : " Dieu est ceci. , Dieu est cela… ", pour moi, ce serait comme enfermer la grandeur de Dieu. Tout ce que je peux dire de Dieu, je ne peux le dire que par la vie et les mots de Jésus Christ. Sans l'Evangile, je n'aurais pas trouvé seule les mots pour comprendre et exprimer mon aventure spirituelle, aussi profonde soit-elle : sans les paroles du Christ, j'étais démunie pour comprendre ce qui m'était arrivé.

Ensuite, mon fonds bouddhiste me rend méfiante par rapport à l'activisme : " faire pour mériter ", comme si on pouvait marchander avec le Seigneur. Par exemple, je ne fais jamais de prière de demande. Mes désirs sont immenses mais en demandant à Dieu de les réaliser j'aurais l'impression de le mettre au défi ; ce serait une autre façon de mettre la main sur lui. Dieu a respecté ma liberté, je dois aussi respecter la sienne ! Alors je préfère la prière d'offrande : " fais ce que Tu voudras ". Parfois aussi, je l'interpelle : " Que ferais-tu à ma place ? "…

Vous insistez aussi sur l'importance du silence : est-ce un autre héritage du bouddhisme ?

Ce n'est pas seulement un héritage du bouddhisme ; c'est, je crois, plus largement, tout le continent asiatique qui sait faire silence. Au début, pendant les messes paroissiales, je ne me sentais pas très bien car je trouvais qu'il n'y avait pas assez de silence. Je trouvais qu'on était trop bavard…

En même temps, vous n'utilisez pas les techniques de méditation orientales. Pourquoi ? Cela peut sembler paradoxal à une époque où beaucoup d'Occidentaux, et même de chrétiens, se tournent vers ces techniques.

Je n'ai aucune envie d'utiliser le zen ou le yoga pour ma prière. Pour moi, ces techniques sont trop liées au bouddhisme et je n'ai pas envie de les couper de leurs racines.

En Occident, vous avez du mal à faire silence en vous-même ! Vous avez donc sans doute besoin de ces techniques que je respecte. Mais, attention : vous faites souvent preuve d'un tel volontarisme ! Vous pensez atteindre par vos propres forces quelque chose qui nous dépasse. Le yoga et le zen ne sont pour vous souvent que des moyens à maîtriser. Or, en Asie, c'est l'inverse : ces techniques sont des voies pour apprendre à lâcher prise.

Lâcher prise, c'est essentiel pour la vie spirituelle ?

Bien sûr. Pour parler du bonheur, le Bouddha Sâkiyamuni donne une image : après une promenade en montagne, vous avez très soif et vous n'avez pas d'eau. Tout à coup vous rencontrez une source, vous mettez vos mains pour boire : quel bonheur ! Mais il est impossible de garder cette eau, impossible d'enfermer ce bonheur dans vos mains, car l'eau s'échappe et devient de la boue. Le bonheur est un moment éphémère, explique le Bouddha.
Pour moi, il en va de même de l'expérience spirituelle et de la grâce. La grâce est le bonheur que je reçois du Seigneur :je vais à la source mais je ne peux la garder pour moi, elle ne m'appartient pas, je ne peux l'emprisonner, la maîtriser, elle vient d'ailleurs. Pour recevoir la grâce, je dois garder les mains ouvertes ; alors l'eau peut continue à couler pour apaiser ma soif et celle d'autres que moi.

Et votre vie vous a en effet appris à lâcher prise…

Toute expérience spirituelle est un lâcher-prise et le lâcher-prise est la clef du bonheur. Pour moi, ce n'est pas la maîtrise de techniques, quelles qu'elles soient, qui mène à la rencontre. Mon histoire est une histoire de rencontre, mon silence est une attente. La sérénité n'est pas affaires de techniques. Pour moi, la paix est un don : le don du Seigneur.

Anne Ponce; Photos : Stéphane Ouzounoff

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Mise à jour:
25 septembre 2008
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